Ewan Oiry (École des sciences de la gestion, UQAM), Roxana Ologéanu-Taddei (U. de Montpellier), Robert Tchobanian (CNRS, LEST), David Morquin (U. de Montpellier), Tanya Bondarouk (University of Twente), Huub Huub Ruël, (University of Applied Sciences Windesheim)
Les Systèmes d’informations Ressources Humaines (SIRH) et toutes les applications conçues pour favoriser la collaboration digitale (à distance et de manière asynchrone) sont globalement sous-utilisés par les salariés auxquels ils sont destinés. Ce sous-usage est généralement expliqué par des critères liés aux utilisateurs (certains sont technophobes, etc.) et aux applications elles-mêmes (elles ne sont pas toujours aussi faciles d’usage que Facebook). Tout acceptant ces explications, notre recherche souligne que les usages des technologies collaboratives s’expliquent aussi par la structure et la stratégie des entreprises. Dans 10 entreprises, nous avons mené des entretiens approfondis avec des salariés qui sont supposés utiliser le logiciel d’archivage et de création de connaissance Livelink. Nos résultats montrent que ces salariés ne peuvent pas vraiment être considérés comme technophobes et que le logiciel ne peut pas réellement être considéré comme complexe. En revanche, ce sont des facteurs organisationnels et stratégiques qui interviennent pour expliquer les usages et les non-usages de ce logiciel. Les salariés les justifient par rapport à leur identité professionnelle (ce qu’ils considèrent valorisant ou pas de faire), à la stratégie de l’entreprise (en quoi ce logiciel contribue, de leur point de vue, à l’atteinte des objectifs stratégiques de l’entreprise ?) et aux individus qui ont porté ce projet dans l’organisation (étaient-ils légitimes pour cela ou pas ?). Ces facteurs viennent donc enrichir à la fois les explications et les leviers d’action managériaux pour développer les usages des technologies collaboratives dans les organisations.
